Chine, XIXe siècle, - Lot 29

Lot 29
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Estimation :
15000 - 20000 EUR
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Chine, XIXe siècle, - Lot 29
Chine, XIXe siècle, Coupe de commande, en porcelaine blanche, à décor en bleu sous couverte, de la bataille des huit immortels contre des démons de la mer de l’Ouest. Rare marque apocryphe au revers Wudi Yuanfeng de la dynastie Han (av110-av105) Défaut de cuisson au revers. Diam. 19 cm La bataille des Huit Immortels et du fils du roi-dragon sur la mer orientale peint sur le bol (cat.) est un sujet apprécié de l'opéra de la dynastie Yuan, ainsi que dans le roman de la dynastie Ming, Le Voyage vers l’Orient de Wu Yuantai. Alors qu'ils s'apprêtent à repartir après une visite sur l'île enchantée de Penglai, demeure de la Reine-Mère de l’Ouest Xiwangmu, les Immortels décident de renoncer à utiliser un bateau. Ils choisissent plutôt de transformer chacun leur talisman en moyen de transport, démontrant ainsi leurs extraordinaires capacités magiques. Cette méthode non conventionnelle provoque la colère du Roi-dragon de la mer orientale, qui mobilise ses forces pour les affronter. Au cours du conflit, Lan Caihe, l’un des Immortels, est capturé, mais les sept autres parviennent à résister et finissent par tuer le fils du roi-dragon. L'affrontement s’intensifie lorsque le roi-dragon appelle en renfort ses homologues des mers occidentale, méridionale et septentrionale. Alors que les dragons déclenchent des vagues tumultueuses, Cao Guojiu réussit à repousser les eaux grâce à sa plaquette de jade. Finalement, l’intervention du bodhisattva Guanyin apporte une résolution au conflit, réconciliant les belligérants et assurant la libération de Lan Caihe. Après avoir narré cet épisode légendaire, mon grand-père attira notre attention sur la délicatesse des illustrations, en mettant particulièrement en valeur la représentation des démons. Un tel dessin permet de penser à juste titre qu’il s’agit d’une célébration du taoïsme. En retournant le bol, on peut découvrir la marque 大漢元封年製, signifiant « Fabriqué durant l'ère Yuanfeng de la dynastie des Han ». L’ère Yuanfeng (110-105 avant J.-C.) correspond au sixième nom d’ère sous le règne de l’empereur Han Wudi. Ce choix, délibérément effectué par le commanditaire, n’a pas pour vocation de dater ce bol de cette période et d’induire en erreur les amateurs. En effet, ni la porcelaine ni les Huit Immortels — l’apparition de ce thème taoïste remonte aux dynasties Tang ou Song — n’étaient présents à l’époque de Yuanfeng. Cette marque témoigne donc d’une intention soigneusement réfléchie de la part du commanditaire. Le règne de l'empereur Han Wudi (141-87 av. J.-C.) est considéré comme l'un des âges d'or de la civilisation chinoise. Han Wudi lui-même est fréquemment célébré comme l'un des trois souverains les plus éminents de l'histoire de la Chine, aux côtés de l'empereur Taizongde la dynastie Tang et de l'empereur Kangxi de la dynastie Qing. Avant son accession au trône, la dynastie Han s'appuyait sur les principes taoïstes du Wu wei, signifiant « non-agir » ou « non-intervention ». Bien que cette approche ait pu encourager une gouvernance pacifique, elle contribua également à un affaiblissement de l'autorité politique centrale, ouvrant la voie à des insurrections internes et des menaces d'invasion aux frontières. Confronté à cet état de désordre et guidé par les recommandations de Dong Zhongshu, le jeune Wudientreprit d'importantes réformes qui allaient redéfinir les fondements politiques et culturels de son empire. Il établit le confucianisme non seulement comme philosophie officielle d'État, mais également comme cadre moral structurant de la société impériale. Ce système mettait en avant des principes hiérarchiques stricts, établissant la suprématie du souverain sur sessujets, du père sur son fils, et du mari sur son épouse. À travers sa réorganisation du gouvernement et ses politiques visant à consolider un État fort et centralisé, il posa les bases d'un héritage durable pour la Chine impériale tout en exerçant une influence significative sur les civilisations environnantes. Ainsi, cette marque permettait à mon grand-père, Dương Minh Thới, d’évoquer l’histoire de la Chine sous le règne de l’empereur Han Wudi, tout en abordant les trois « religions » (taoïsme, confucianisme et bouddhisme). Il conclut que ce décor représentant la bataille des Immortels ne doit pas être interprété comme une glorification du taoïsme, mais plutôt comme une critique du « non-agir » et du chaos qui régnaient avant que l’empereur Wudi n’établisse le confucianisme comme fondement central de la gouvernance chinoise, politique ayant conduit à l’âge d’or de la civilisation chinoise. Provenance : - ancienne collection Duong Minh Thoi, Saigon - ancienne collection Truong Khac Huê, Paris - par descendance Alain et Philippe Truong, Paris
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